Une constellation d’émeraude dans un écrin d’azur ; c’est à cela ou à peu de chose près, que ressemble, vu du ciel, l’archipel de Bissagos.
Quatre-vingts huit îles ou ilots et une myriade de rochers couverts de palétuviers composent ce petit paradis perdu à l’ouest des côtes Bissau-guinéennes. Lorsque j’évoque mon premier matin à Bubaque (un des principaux îlots de l’archipel), j’ai toujours la vaque impression de revivre un rêve, ou de faire surgir des tréfonds de ma mémoire un de ces vieux souvenirs d’enfance que le temps érode et dont la part de véracité se mêle sans retenues à notre imagination. Pourtant, j’en suis sure, je les ai entendu ces enfants qui couraient sur le sable. J’en suis bien sure, oui, je les ai vu, ces fillettes aux incroyables coiffures, qui jouaient sous la lumière presque irréelle du matin dans des ruelles jonchées de coquillages.
J’ai quitté ma natte et je suis sortie dans le village.
On m’a parlé ; j’ai répondu…et puis je ne sais plus vraiment…j’ai marché je crois. Je suis allée jusqu’à la mer. Tout respirait la sérénité, l’harmonie d’une destination encore loin des stations balnéaires surpeuplées et des itinéraires déjà mille fois parcourus. Ici, c’est encore leur liberté que les oiseaux marins crient au ciel et j’entendais derrière moi, le vent qui chuchotaient dans les palmiers et se moquait de ma surprise face à tant de beautés.
-« N’es-tu pas au paradis ? » murmurait-il en riant.
Et je dois l’admettre, l’archipel de Bissagos est bien un petit paradis. Sa chance, m’avait-on expliqué, résidait dans le simple fait que son éloignement par rapport au continent l’avait protégé d’une trop grande influence occidentale et que, en outre, « l’absence de ressources véritablement exploitables », l’avait préservé de la colonisation.
C’est d’ailleurs cette « isolation » ; ce caractère prétendument préservé qui m’avait poussé à partir malgré les doutes que j’entretenais quant à la véracité des propos tenus par le guide d’écotourisme qui m’avait fait découvrir le nom de « Bissagos ». Mais j’avais eu tort de douter. On m’avait conté qu’il y avait là-bas des fonds marins dignes des descriptions de Vingt mille Lieues sous les mers : je n’ai eu qu’à plonger pour admirer, fascinée, un des lieux les plus poissonneux au monde où se côtoient lamantins, dauphins, tortues marines, raies et (bien que mon chemin n’en ai heureusement pas croisé de près) crocodiles et requins. C’est à Bissagos aussi que vit une des espèces les plus fascinantes d’hippopotames : l’hippopotame marin ; une curiosité unique au monde que les scientifiques de la fondation CBD Habitat étudient assidûment.
Et c’est à Bissagos enfin, qu’il m’a été donné de vivre un des moments les plus incroyable de ma vie : la naissance des milliers de tortues marines ; issues de l’extraordinaires effort fourni quelques heures plus tôt par leurs mères. À la nuit tombée, sous les reflets pâles de la lune, nous les avons vues ramper hors de la mer et avancer sur la plage par la seule force de leurs nageoires pour s’y creuser chacune un nid. Là, dans une plainte à laquelle je ne m’attendais pas, elles déposèrent leurs œufs avant de reboucher frénétiquement leur trou et de regagner la mer. Cette nuit puis, au matin, la course désespérée des petits à peine nés cherchant à rejoindre la mer sans être mangés ; fait partie des plus beaux souvenirs de voyage qui me restent
Oui, la terre abrite encore quelques petits sanctuaires comme celui-ci ; qui espérons le, continuerons d’être la cible d’un écotourisme raisonné pour ne pas tomber à la merci de promoteurs sans scrupules.

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